2 février 2014

La Voisine


La Voisine

Une soirée tranquille de fin de semaine,  une forte pluie d’hiver, un vent qui se balade entre les arbres dénudés, enveloppée  chaudement d’une couverture moelleuse en laine, je regarde un vieux film sur la TV tout en sirotant mon thé aux arômes de cannelle. La perspective d’une soirée calme et chaude comme je les aime. Mon chat tigré dort et ronronne sur le tapis. Sur l’écran Charly Chaplin me fait sourire.

On sonne à la porte, au tintement les oreilles de mon chat se dressent, on le dérange. Je me lève à contre cœur, Mme. Paula ma nouvelle voisine, quatre-vingt-trois ans, me sourit, elle m’apporte des livres et des magazines. Elle regarde tout autour, elle aime mon intérieur, elle soupire, elle se rappelle son logis avec son défunt compagnon. Elle prend place, gentiment je lui explique que les livres je les ai déjà lus il y a quelques dizaines d’années, et que les magazines de femme ne m’intéressent pas.  De nouveau elle soupire, mon chat se lève et se dirige vers la cuisine, sa queue  en l’air. Mme. Paula  l’énerve.

Je lui offre une tasse de thé avec une tranche de gâteau aux noix. Dans ses yeux autrefois noirs et brillants, aujourd’hui recouverts d’un voile gris, je lis la solitude, ses main aux doigts déformés, avec quelques bagues et manucurés soigneusement racontent sa route de travail, ses pieds enfouis dans des pantoufles chaudes se reposent enfin….

Elle raconte Mme. Paula, elle décrit sa vie, ses enfants et petits-enfants, sa jeunesse dans un pays lointain, ses parents et ses amours, elle a besoin de ses souvenirs, elle revit ses joies et ses peines pour continuer à vivre. Elle revit sa carrière de sage-femme, elle  revit son couple avec plus de bas que de hauts, et moi j’écoute, Bourvil a remplacé Chaplin a la TV, mon chat a disparu, elle se lève, me sourit, merci de m’avoir écoutée, bonne nuit.

Je reviens vers ma couverture, et ma TV,  mon chat se pelotonne près de moi,  une énergie de solitude et de tristesse parcoure l’atmosphère, je me lève, j’ouvre grande la fenêtre ignorant le froid, la pluie et le vent, je respire profondément, des gouttes de pluie sur mon visage, un regard vers ce ciel noir sans étoile, une prière un remerciement….mon chat miaule ….  
La vie……



28 décembre 2013



Elle revient

Je crois qu’elle revient, elle approche timidement, à petits pas, elle revient ma Muse, avec, dans son regard, une demande d’excuse, un sourire d’enfant coupable sur ses lèvres, elle est presque là ma Muse, dirigeant mes mains sur mon clavier.

Ma muse n’a pas d’âge, n’a pas de sexe, quand elle est là, elle se fond en moi, s’approprie mes pensées concernant mes créations. Ensemble ma force se dédouble, les idées affluent, les rêves se transforment en récits.

L’homme mince

Par un jour d’automne, il était venu habiter la dernière maison sur la falaise. La maison aux volets sombres sur les murs couleur ocre. Une maison en forme de cube, toute simple, confortable à l’intérieur, entourée d’un petit jardin nu, les vents violents soufflant de la mer emportaient toute plante.

Il arriva, l’homme mince avec tous ses meubles, avec tout son passé. Le soir la lumière apparut à toutes les fenêtres, une musique d’opéra se fusionna avec le chant du vent.

Tranquillement l’homme mince s’installa, très vite il fit partie du paysage, les marchants le servaient chaleureusement, au café il bavardait avec les anciens, la bibliothèque lui procurait ses livres sur l’histoire, on le nommait l’homme mince, personne ne lui avait demandé son nom.

L’hiver fut long et froid, il ferma les volets, alluma le chauffage, s’habilla chaudement, sortit moins, adopta un chat tigré qui s’était caché sous sa voiture, lut la biographie de Churchill et surtout il se reposa. L’homme mince se reposa tout l’hiver, il se reposa de son passé, de ses amours, il se reposa de ses succès et de ses échecs.

Au mois de Mai il ouvrit les volets, les nuages sombres de l’hiver avait disparu, le ciel bleu avec des nuages ouateux se reflétait sur les vitres, il baissa le chauffage s’habilla plus légèrement et réfléchit comment arranger son jardin. Sur l’internet il chercha des solutions, des plantes et des arbres qui pouvaient survivre aux vents forts et aux tempêtes.

Début Juin, les travaux commencèrent, un vieux jardinier et son fils préparent le sol, une semaine plus tard les arbres arrivèrent, originaires d’un lointain pays ils étaient minces et flexibles.

Tout l’été il soigna ses arbres, à l’automne ils se déshabillèrent et le sol se couvrit d’une couleur de cuivre en harmonie avec la couleur ocre de la maison et les volets sombres.

Le cycle recommença avec l’hiver. Cette fois ci le chant des vents, traversant les arbres enrichit de plusieurs octaves la musique d’opéra.

L’homme mince médita longtemps en contemplant ses arbres minces et flexibles. Minces comme lui. Ses arbres lui avaient ouvert la porte qui menait à la flexibilité.

Quand les premiers bourgeons apparurent, il brancha son cellular regarda longuement la photo et pressa le bouton «appelle». Viens, les arbres te languissent, ils sont minces et flexibles…..

3 décembre 2013

Ecrire

Marguerite Duras a écrit


 "Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. »

12 novembre 2013


Attendre

Ce sentiment, cette impression d’être en état d’attente... il l’avait depuis sa naissance, il le portait dans ses gènes. Sa mère l’avait attendu longtemps et l’avait eu après cinq filles à l’âge de quarante ans. Elle lui avait transmis cette sensation d’être toujours dans un état d’attente.
Enfant il ne savait pas distinguer cette tristesse au fond de lui, très souvent il restait des heures devant une fenêtre à regarder la rue, il attendait ou assis sur un mur bas, les yeux parcourant les alentours, il attendait, il attendait le bus pour l’école, le train pour l’université, l’avion pour les voyages, il attendait. Il attendit sa future femme à la Mairie et ses enfants il les attendit tenant la main de sa femme.

Avec son attende il eut une vie normale et presque heureuse. L’attende faisait partie intégrale de sa personnalité, il ne savait pas comment vivre sans attendre, sans cette mélancolie.
A l’automne de sa vie, quand ses enfants étaient déjà loin et quand le silence s’était établi entre sa femme et lui, très souvent il aimait prendre sa voiture et se balader sans itinéraire précis. Souvent il échouait dans une rue inconnue, dans un café banal, s’asseyait et tout en sirotant son café, il attendait.

Par un jour d’hiver glacial et pluvieux, il roulait sur une route secondaire, il roulait lentement, la route était déserte, la brume cachait la fin de la route. Il roula vers cette brume. Arrêta le moteur et sortit de la voiture. Un léger voile gris-bleu l’enveloppa, un parfum de lavande accompagna cette brune, il marcha sans voir, une impression de flotter le submergea, et alors il vit la main qui se tendait vers lui, l’attente était terminée….


27 octobre 2013


Ma Muse se balade

Elle a pris sa liberté, ma muse, et s’est envolée vers d’autres raconteuses d’histoires, je sais qu’elle ne m’a pas quittée, elle a eu le besoin de vacances, de connaitre d’autres lieux et d’autre pc. Peut-être languit-elle les plumes, les stylos à encre, les crayons bille, ou même les pinceaux des raconteuses chinoises…..

J’ai voulu la faire revenir, dans mes moments de joie, quand j’ai senti des colères m’envahir, quand la fatigue m’a surprise, quand un document blanc de word  me regarde moqueusement.

 Elle me ressemble ma muse, elle fait à sa tête, elle a besoin de liberté et de changements.
Ma muse se balade, et moi qui voudrais raconter des histoires, moi qui ai tellement d’idées, me sens incapable de les ranger intelligemment pour mes lecteurs.

 Elles sont drôles les muses.

La muse d’un de mes amis peintres, lui a fait changer de direction, lui dont ses tableaux étaient une musique de couleurs pour l’âme, s’est mis à peindre des monstres venus d’autres mondes à vous donner des cauchemars, les galeries lui refusent de l’exposer tandis que les jeux vidéo lui payent une fortune pour ses monstres, allez comprendre les muses. La muse d’une chanteuse l'a faite transformer en cuisinière, maintenant elle sert des plats hindous dans son restaurant sur la plage.


Elle reviendra bientôt ma muse, je le sais, et je l’attends, elle reviendra avec le sourire aux lèvres,  les larmes aux yeux, sa main dirigeant ma main pour des prochains voyages…..

30 septembre 2013

Quanrante ans sans fièvre

Ayant eu une enfance chétive pendant la période d’après-guerre, mon corps a une certaine immunisions contre la fièvre.


Il y a quarante ans, je venais de déménager dans un appartement sordide, je me débattais pour survivre avec mes deux enfants dans ce nouveau pays, mon pays, mon home, dont tout m’était étranger. La langue, une langue morte qui revivait avec une grammaire terrible, des mentalités venues des quatre coins du monde, qui se heurtaient et se mariaient, un climat chaud et humide et moi 32 ans courageuse et la peur dans les tripes, deux jours après le déménagement j’attrape la fièvre, une grippe d’été, rien ne fonctionne encore dans cette demeure, pas de gaz pour chauffer du thé.

Ma mère, qui habite à deux pas, vient chaque matin m’apporter du café turc et me soigner, la peur de la fièvre, l’inquiétude de perde le nouveau travail, la peur du compte en banque à zéro et la fièvre qui ne baisse pas.

Quarante ans depuis.

Une vie. Quarante ans sans fièvre.

Des enfants qui grandissent, des logements que l’on change, des soucis, des joies, des amours et des soi-disant amours, on fait partie de son pays, des guerres et des semblants de paix, un mariage qui finira par un divorce, des petits enfants qui arrivent, quarante ans et la mort des parents.

Quarante ans sans fièvre.

Il y a quatre jours elle apparait après quarante ans, presque une vie, elle apparait la fièvre. Elle apparait, elle assomme, en plein déménagement en plein mouvement, en plein changement. Quarante ans après, elle veut que l’on se rappelle, d’une autre période, d’une autre angoisse, d’autres souffrances, d’autres joies.

Elle est partie enfin après quatre jours la fièvre, elle m’a quittée me laissant plus forte, plus lucide, plus déterminée. Elle est venue pour approuver le changement que je donne au cour de ma vie, elle est venue pour me nourrir d’optimisme, elle est venue effacer la peur….. elle est venue elle est partie….. la reverrais-je??????

2 septembre 2013



Le Départ

Dans cet aéroport interplanétaire bâti sur la plus haute montagne du pays, les immenses avions Discovery atterrissaient chaque minute et d’autres décollaient vers leur destination.

Depuis quelques siècles le Monde VI était devenu surpeuplé, certains peuples avaient construit des pays dans des planètes, dont les conditions atmosphériques s’adaptaient à leur organisme.

Le Monde VI, grâce à l’émigration, se renouvelait, les forêts grandissaient, les mers, les lacs, les rivières se purifiaient, certaines espèces de fleurs et d’arbres, depuis longtemps disparues, émergeaient de la terre, les graines avaient survécus pendant des siècles et maintenant une nouvelle vie commençait. Insectes et oiseaux revenaient sur ce Monde VI qui renaissait.

Lui, regardait le trafic aérien et se préparait moralement au départ. Il savait qu’il ne reviendrait pas. Il abandonnait ce qui avait était son monde, sa vie depuis cinquante ans. Le départ était sa seule façon de survivre, de recommencer, d’espérer. Il avait choisi un pays dans la plus lointaine planète, où tout lui était inconnu. Il devrait apprendre la langue, les coutumes, et surtout ce qu’il aimait le plus, la musique de ce nouveau monde. Il savait qu’il pourrait le faire, que l’effort intellectuel lui adoucirait sa peine, et que peut-être un jour l’oublie viendrait.

Un signal vert sur sa montre pc à son poignet gauche, un rayon sous ses pieds, la route vers le Discovery, il glisse, à chaque instant, il se rapproche de son avenir et s’éloigne de son passé. Le rayon l’emporte vers l’embarquement, le détecteur reconnait le signal, le rayon s’arrête devant sa chaise-lit.

Entouré de quatre gardiens, les mains et les pieds menottés, il se dirige vers sa fin. Le rêve de sa dernière nuit le fait sourire, il aurait voulu être un sorcier, un mage pour changer ce vieux monde ……

 Le liquide vert coule dans ses veines, le Discouvery l’emporte……